Après avoir exploré les destins fulgurants du « Club des 27 », premier menu qui avait imposé Isadora comme l’une des adresses les plus narratives de la scène cocktail parisienne, le bar du 1er arrondissement poursuit son travail de storytelling liquide avec une nouvelle carte baptisée « Soirée Arrosée ».

Cette fois, l’équipe menée par Charly Clain et Maxime Caillet abandonne le cercle des icônes disparues à 27 ans pour imaginer une longue déambulation dans le Paris nocturne des années 1970-80. Une nuit fantasmée qui commence dans le calme des premiers verres et s’achève au petit matin, lorsque les conversations deviennent plus bruyantes, les rencontres plus improbables et les souvenirs plus flous. Une traversée urbaine où chaque cocktail devient une étape, chaque lieu un décor et chaque personnalité une présence qui continue d’habiter la mémoire collective.

Une cartographie culturelle servie en huit actes

Pensée comme une promenade à travers le centre de Paris, la carte suit un itinéraire jalonné de lieux emblématiques et de figures qui ont marqué leur époque. Coluche, Jean-Luc Godard, Jean Yanne, Barbara, Georges Brassens, Jeanne Moreau, Zouzou ou Serge Gainsbourg deviennent les compagnons de route de cette soirée imaginaire. Chacun apparaît à un moment précis de la nuit, associé à un lieu, une ambiance et une création originale.

Plus qu’un simple exercice de style, « Soirée Arrosée » confirme l’ambition d’Isadora de faire du cocktail un véritable médium culturel. Clarifications, lactofermentations, carbonatations ou encore créations de distillats sur mesure nourrissent des recettes qui jouent constamment sur l’équilibre entre technique, émotion et récit.

Les huit étapes de la nuit

Comme les chapitres d’un roman nocturne, les huit cocktails de « Soirée Arrosée » accompagnent le visiteur d’une adresse à l’autre, d’une rencontre à l’autre, au fil d’une nuit imaginaire dans le Paris des années 1970. Chaque création associe un lieu emblématique à une personnalité qui en a marqué l’histoire ou l’esprit, transformant la dégustation en déambulation culturelle. Du Quartier latin aux clubs les plus mythiques de la capitale, Isadora compose ainsi une cartographie sensible de la nuit parisienne, où les souvenirs, les combats et les excès deviennent matière à cocktail.

Schmilblick O’Clock

18h23 — Place de la Contrescarpe avec Coluche. La soirée débute sur la Place de la Contrescarpe, haut lieu de la rive gauche populaire où l’esprit frondeur de Coluche semble encore flotter entre les terrasses. Avec son profil gourmand, solaire et vif, le Schmilblick O’Clock donne le ton d’une carte qui refuse le premier degré. Derrière son apparente légèreté se cache un travail de construction précis, illustrant parfaitement la philosophie d’Isadora : surprendre sans jamais perdre le fil du plaisir. Une entrée en matière chaleureuse et généreuse, à l’image de l’humoriste qui a toujours préféré les comptoirs aux salons. BOURBON BUFFALO TRACE, DISARONNO, RINQUINQUIN, BEURRE DEMI-SEL, KIWI, CURCUMA

Nouvelle Vague

19h45 — Beaubourg avec Jean-Luc Godard. Quelques rues plus loin, cap sur Beaubourg et ses avant-gardes. Inspiré par Jean-Luc Godard, Nouvelle Vague affiche un caractère sec, fumé et soyeux. Comme le cinéaste franco-suisse, le cocktail joue avec les ruptures de rythme et les contrastes. La texture enveloppante dialogue avec des notes plus austères, dans un équilibre qui évoque l’expérimentation permanente du réalisateur et sa capacité à bousculer les conventions. TEQUILA VOLCAN, RHUM BRUGAL 1888, MERLET LUNE D’ABRICOT, SOTOL, SAUMURE FUMÉE

2 heures moins le quart av. J.-C.

21h1O — Galerie Vivienne avec Jean Yanne. Sous les verrières de la Galerie Vivienne apparaît Jean Yanne, figure aussi irrévérencieuse qu’inclassable. Frais, fun et estival, le cocktail qui lui est dédié cultive une forme de légèreté moqueuse. Isadora y revendique son goût pour les associations inattendues, avec notamment un travail autour de l’amaretto, enrichi de beurre demi-sel, de pêche et de kiwi, démontrant qu’une création technique peut conserver un esprit joueur. Une recette à l’image de Jean Yanne : intelligente sans jamais se prendre au sérieux. RHUM SANTIAGO DE CUBA AÑEJO, FERNET BRANCA, PASTEQUE, MIEL, FINO

Après le jour, avant la nuit

22h15 — Saule Pleureur de l’Île de la Cité avec Barbara.

La déambulation ralentit au bord de la Seine. Sous le célèbre saule pleureur de l’Île de la Cité, Barbara devient la guide d’un cocktail floral et délicatement onctueux. Entre lumière déclinante et premiers frissons nocturnes, cette création capture un instant suspendu. L’élégance discrète de la chanteuse semble irriguer chaque détail de la recette, pensée comme une transition douce entre le jour et la nuit. GIN NORMINDIA, FRAMBOISE, COQUELICOT, VERMOUTH BLANC, UBE

L’Éternel Estivant

23h20 — Chez Denise avec Georges Brassens. L’étape suivante conduit chez Denise, institution parisienne des couche-tard. Associé à Georges Brassens, L’Éternel Estivant développe un profil vert, sauvage et résolument umami. Ici, Isadora revendique une approche plus terrienne, presque rustique, où la profondeur aromatique prend le pas sur l’effet spectaculaire. Une création qui évoque autant la liberté du poète sétois que son goût pour les plaisirs simples et sincères. COGNAC HENNESSY, TOMATE VERTE, ORANGE, SAUCE SPICY MAISON

Le Caveau de la Duchesse

00h15 — Caveau de la Huchette avec Jeanne Moreau. Impossible de traverser la nuit parisienne sans faire halte au Caveau de la Huchette. Pour accompagner Jeanne Moreau, Isadora signe sans doute l’une des créations les plus ambitieuses de la carte. Élégant, tannique et mycélien, Le Caveau de la Duchesse s’appuie notamment sur un distillat de chardonnay aux champignons développé avec la distillerie parisienne Baccae. Une construction complexe qui mêle raffinement, profondeur et mystère, à l’image de l’actrice dont la présence continue d’habiter le cinéma français. RATAFIA, FEUILLE DE FRAMBOISIER, EAU DE VIE DE CHARDONNAY ET CHAMPIGNONS DE PARIS, POIVRE DE MALABAR

Minuit les Zouzous

02h20 — Le Sept avec Zouzou. La nuit bascule ensuite vers Le Sept, temple des années 1970 et symbole d’une liberté nouvelle. Figure iconique de cette époque, Zouzou inspire un cocktail rond, toasté et exotique. La recette s’inscrit dans la volonté d’Isadora d’explorer des ingrédients moins conventionnels, notamment à travers une interprétation contemporaine de l’ube, tubercule violet originaire des Philippines dont les notes douces et pâtissières apportent relief et singularité. VODKA STOLI, CALVADOS, FAIR LIQUEUR DE COCO, LITCHI, SESAME, LAIT VEGETAL POUR CLARIFIER

L’Heure des Génies

05h40 — Rue de Verneuil avec Serge Gainsbourg. Au terme du parcours, la Rue de Verneuil accueille Serge Gainsbourg pour une dernière tournée. Pétillant, anisé et torréfié, L’Heure des Génies concentre plusieurs facettes de l’artiste : l’élégance, l’insolence et une certaine forme d’excès créatif. Comme l’ensemble du menu, le cocktail fonctionne sur des oppositions maîtrisées et des associations inattendues. Une conclusion idéale pour cette nuit imaginaire qui, à mesure que les heures avancent, devient plus libre, plus bruyante et plus imprévisible. MONKEY SHOULDER FRESH, FENOUIL, RÉGLISSE, CAFÉ, GRAINES DE COURGE

Une carte qui évolue avec la nuit

Fidèle à son fonctionnement jusqu’à 5 heures du matin, Isadora a également imaginé une seconde lecture de l’expérience. Lorsque la soirée avance, la carte d’auteur laisse progressivement place à une sélection de cocktails classiques. Une manière de retrouver les grands repères du bar tout en prolongeant l’immersion. Car chez Isadora, la nuit ne se raconte pas seulement à travers huit créations signatures : elle se vit comme une expérience en mouvement, dont l’intensité évolue au fil des heures et des verres.