Sans vouloir être drôle, on ne peut pas dire que les liqueurs ont la meilleure réputation. Au mieux, on les sirote un peu penaud, comme le plus coupable des plaisirs, au pire, on les néglige totalement. C’est le goût sucré de cette boisson qui effraie les gens mais aussi le peu de marques de liqueurs qui ont tenté de dépoussiérer l’image un peu démodée de cette catégorie, en essayant à peine de parler le même langage que les consommateurs avertis d’aujourd’hui. Jusqu’à maintenant du moins…

« Les liqueurs sont l’une des seules catégories restantes à ne pas encore être devenues premium, ils sont tellement bloqués dans le passé » souligne Alex Kratena. Qui de mieux que lui alors pour rafraîchir cette image et bousculer les codes, accompagné de Monica Berg et d’un esprit avide de découverte, Simone Caporale« Nous voulions créer une liqueur appréciée par les barmen actuels avec laquelle ils auraient envie de travailler et de créer. Pourquoi on ne trouve jamais de liqueurs boisées, terreuses, complexes ? Peut-être que certaines le sont mais si vous disiez ‘je veux utiliser cette superbe liqueur boisée et terreuse’, vers laquelle vous dirigeriez-vous ? » Dès le printemps 2019, la réponse sera Muyu, une nouvelle gamme de liqueur sexy et super premium que le trio a conçu en ayant en tête de développer les palais curieux.

Il y a trois expressions : Muyu Jasmine Vert, Muyu Vetiver Gris et Muyu Chinotto Nero. « Chaque nom indique les ingrédients qui le composent mais aussi la complexité qui se trouve à l’intérieur de la bouteille » nous indique Monica. « Par exemple, pour Jasmine, je voulais une très verte, vive, éclatante, charmante et fraîche approche – d’où son nom Jasmine Vert. Chacun de nous a ajouté une couleur pour indiquer une sensation, c’est pourquoi il y a le vert, le gris et le noir ». Alex ajoute « Toute personne qui les goûte à l’aveugle peut clairement définir qui est son créateur. Chaque liqueur est le miroir de notre personnalité et aussi de notre style de barman, vous pouvez donc apprécier comment je compose mes saveurs par opposition à Monica ou Simone. »

En effet, les caractéristiques fraiches, florales, douces mais aussi sensuelles du Muyu Jasmine Verte sont sans aucun doute celles de Monica, tandis que les notes audacieuses, terreuses, herbacées et boisées émises par Muyu Vetiver Gris ne pouvaient appartenir à personne d’autre qu’Alex. Ensuite, il y a le Muyu Chinotto Nero de Simone remplit d’intenses note d’agrumes et regorgeant d’intrigues et de drames. « Il a utilisé l’orange amère pour accentuer l’amertume que vous avez normalement dans un Chinotto mais ce n’était pas suffisant : il a donc décidé d’utiliser de l’écorce de quinquina. Il a vraiment bien travaillé dans la conception de cette liqueur riche en agrumes, tout en restant fidèle au concept du Chinotto, elle présente donc une amertume vraiment agréable, inhabituelle pour une liqueur. »

Les liqueurs Muyu sont véritablement inhabituelles mais nous n’en n’attendions pas moins. Travaillant avec une équipe d’experts de Grasse, une région française considérée comme la capitale mondiale de la parfumerie, ainsi que les distillateurs de De Kuyper Royal Dutch à Schiedam, partenaires du projet avec plus de 300 ans d’expérience dans la distillation, ils ont laissé le temps au temps pour obtenir ses liqueurs.

 

Chaque liquide imaginé par l’auteur ou le « nez » (Alex, Monica ou Simone) commence par l’extraction d’une seule note de fleurs, de plantes ou de fruits, puis se poursuit par la recherche minutieuse des ingrédients qui pourront au mieux s’associer. Viennent ensuite un ou plusieurs processus exigeants – enfleurage, infusion, distillation à la vapeur, extraction au CO2 ou distillation sous vide – avant son assemblage avec l’alcool, l’eau… et le minimum de sucre.

« Ce fut un projet passionnant pour les partenaires à Grasse » dit Alex. « Un grand nombre d’ingrédients n’ont jamais été utilisés dans la réalisation de nourriture ou de boissons à des fins commerciales. Ce qui signifiait que certains devaient être spécifiquement recherchés pour s’approvisionner. » Comme on pouvait s’y attendre, la démarche a été lente et a coûté cher mais le résultat n’en est que meilleur. « Nous avons combiné l’allure des parfums avec notre propre philosophie du cocktail pour redéfinir la catégorie des liqueurs » ajoute fièrement Monica. L’idée a été inspirée par les saveurs, les traditions et la technicité des ingrédients rencontrés lors de leur périple dans la jungle amazonienne. « Nous voulions créer une marque de liqueur qui enthousiasme les barmen autant que nous l’étions quand nous avons reçu ses saveurs uniques. A l’exception que nous sommes en train de créer une boisson totalement aboutie et complexe sans rien prendre à la forêt tropicale. » continue-t-elle. Au lieu de cela, ils donnent – une partie des profits de toutes les ventes du Muyu ira à des organisations non-gouvernementales qui travaillent en Amazonie.

Quant au non, il signifie « graines » en Quechuan et l’emballage – représentant la flore moderne en couleurs pastel – rappelle également la forêt tropicale. « Pour nous, c’était vraiment un bon partenariat pour créer des liqueurs uniques, modernes, aux saveurs du moment. »

Cette interview fait partie d’un article du numéro ‘Perfection Issue‘ de  Cocktail Lovers Magazine.