Il suffit de quitter l’effervescence de Grafton Street et de s’engager dans Balfe Street pour sentir le tempo ralentir. À l’intérieur du Westbury Hotel, l’un des établissements les plus emblématiques de Dublin, se cache The Sidecar, un bar à cocktails qui semble suspendu dans le temps. Inspiré par l’élégance des années 1930, il cultive un sens du détail raffiné : marbre étincelant, miroirs biseautés, bar en étain poli et lumières feutrées composent un décor qui évoque les grandes heures de l’Art déco.

Cette atmosphère de glamour discret ne relève pas seulement de la mise en scène : elle traduit l’ambition du lieu, piloté par le bar manager Oisín Kelly, de célébrer la tradition tout en regardant vers l’avenir. Une formule qui fait mouche : The Sidecar a récemment reçu un PIN “Excellent” du Pinnacle Guide et a été sacré Hotel Cocktail Bar of the Year aux Irish Bar of the Year Awards 2025.

Un bar ancré dans son époque

The Sidecar ne se contente pas d’être un élégant salon à cocktails : c’est aussi un point de rencontre pour les amateurs de spiritueux et de mixologie dans la capitale irlandaise. Installé au cœur du Westbury, l’un des hôtels de The Doyle Collection, le bar attire aussi bien les voyageurs que les Dublinois venus célébrer une occasion, commencer une soirée ou simplement savourer un verre dans un cadre raffiné. La philosophie de la maison tient dans cet équilibre subtil : honorer l’héritage des grands bars d’hôtel tout en cultivant une approche contemporaine du cocktail.

Dublin Unfiltered, un menu qui raconte Dublin

Dublin Unfiltered déploie une narration bien plus vaste qu’une simple carte : il s’agit d’un travail d’archiviste autant que de mixologue. Le menu rassemble dix-huit cocktails, chacun inspiré d’une photographie capturée entre 1897 et la fin du XXᵉ siècle, révélant une ville à hauteur d’homme, dans ses gestes les plus ordinaires comme dans ses instants les plus singuliers.

On y découvre des scènes du quotidien, parfois presque anodines, mais chargées d’une densité émotionnelle rare : une barge chargée de marchandises glissant sur la Liffey dans les années 1950, symbole d’une économie en mouvement ; des vues saturées de couleurs issues des célèbres cartes postales de John Hinde, où le Dublin des années 60 et 70 se rêve déjà en destination moderne ; ou encore des fragments de vie capturés dans des jardins publics, où un musicien et son chien semblent suspendus hors du temps.

D’autres images convoquent une mémoire plus sociale, presque politique : figures marginales devenues emblématiques, travailleurs anonymes, silhouettes prises dans le flux urbain. Le menu ne cherche jamais à embellir la ville, mais à en restituer la texture réelle, faite de contrastes, de poésie brute et de détails fugaces. Chaque cocktail devient ainsi une interprétation liquide de ces archives visuelles, une manière de faire ressurgir Dublin non pas comme décor, mais comme expérience vécue.

Au-delà de cette section signature, la carte se déploie autour d’une structure très orientée highballs, avec plusieurs sections :

  • Taste of Ireland, qui met en avant les spiritueux irlandais
  • Taste of the World, ouverte aux influences internationales
  • Taste of Luxury, consacrée aux cuvées et spiritueux ultra-premium

Une manière d’embrasser toute la diversité du bar moderne, du classique revisité à l’expérience plus exclusive.

Cinq cocktails Unfiltered pris su le vif

Parmi les créations du menu Dublin Unfiltered, plusieurs cocktails illustrent parfaitement la manière dont The Sidecar mêle récit urbain et précision technique. Note qui mérite d’être souligné : chaque client est accueilli par un excellent welcome drink qui donne le ton. « Le welcome drink est tellement apprécié qu’il n’est pas rare que certains clients de l’hôtel nous demandent d’en acquérir une bouteille pour leur chambre ou leur valise » sourit Oisín Kelly.

Keeping Afloat puise directement dans l’imaginaire des canaux dublinois. Inspiré d’une photographie montrant une embarcation franchissant une écluse du Grand Canal, le cocktail assemble un gin italien, un vermouth blanc, une liqueur citronnée et une touche herbacée de basilic, allongés d’un trait d’agrumes et de soda. L’ensemble compose une lecture fraîche et lumineuse de l’eau en mouvement.

High Street Hustle traduit l’énergie nerveuse du centre-ville à travers une construction vive et structurée. On y retrouve une base de spiritueux blancs associés à des agrumes et à des éléments aromatiques précis, travaillés pour créer une tension entre fraîcheur et intensité, à l’image du flux continu de Grafton Street.

Page Turner s’inscrit dans une approche plus narrative et visuelle. Inspiré par les célèbres cartes postales illustrées de Dublin, il associe tequila, agrumes, vin aromatisé rosé et mousse délicate, relevés de bitters. Le cocktail se distingue par sa dimension esthétique, notamment grâce à une garniture imprimée comestible qui prolonge le lien entre image et dégustation.

Risky Business — inspiré d’une figure iconique de la rue dublinoise — développe un profil plus théâtral. Le cocktail s’articule autour d’un whiskey irlandais single malt enrichi d’amaretto, d’amaro, d’orange amère et de notes tropicales de coco et d’ananas, le tout structuré par des bitters chocolatés. Une construction dense et expressive, à l’image du personnage qu’il évoque.

Enfin, Barrelling By s’ancre dans une mémoire industrielle de la ville, évoquant les barges de Guinness descendant la Liffey. La recette revisite l’idée du Black Velvet en intégrant un sorbet à base de stout et de cassis, complété par un vin effervescent et une touche de vin de fruits noirs. L’ensemble joue sur des contrastes de texture et de température, entre fraîcheur glacée et profondeur maltée.

À travers ces créations, The Sidecar démontre sa capacité à raconter la ville autrement — chaque verre devenant une petite scène de la vie dublinoise.

Le Rituel du Trolley Experience

Moment signature du Sidecar, le Martini Trolley traverse la salle avec une élégance presque cérémonielle. Le chariot, discrètement poussé entre les tables, devient un théâtre mobile où le cocktail se prépare sous les yeux des convives. Le bartender s’arrête, engage la conversation, présente les différentes interprétations et ajuste chaque détail selon les préférences du client. Le Martini redevient ici un geste sur mesure, vivant et incarné.

Quatre variations sont proposées, chacune explorant une facette du classique : COFFEE, une version particulièrement sèche, tendue et minimaliste, met l’accent sur la pureté du gin, PEACH & BASIL, une autre, plus ronde et accessible, joue sur un équilibre subtil entre fraîcheur et douceur, PICKLED, une troisième interprétation développe une dimension plus aromatique, avec une complexité accrue et une texture légèrement plus enveloppante, enfin, OYSTER & CACAO, une version plus audacieuse explore des profils contemporains, intégrant des nuances inattendues pour revisiter le rituel sans le dénaturer.

Au cœur de cette expérience, le Sidecar Dublin Dry Gin, développé en collaboration avec la Stillgarden Distillery, incarne l’identité du bar au côtés de Grey Goose. Pensé pour dialoguer avec ces différentes interprétations, il apporte une signature aromatique précise, à la fois moderne et ancrée dans le terroir local. Servi à la minute, ajusté au geste près, le Martini devient ici plus qu’un cocktail : une rencontre entre tradition, technique et hospitalité.

Une adresse essentielle à Dublin

Entre héritage et modernité, The Sidecar réussit ce que peu de bars parviennent à faire : conjuguer le charme intemporel d’un grand bar d’hôtel avec l’énergie créative d’une scène cocktail contemporaine. À Dublin, il s’impose aujourd’hui comme une étape incontournable pour qui veut comprendre comment la ville raconte son histoire… un cocktail à la fois.